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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 16:57

wc.JPGLes problèmes existentiels Je rencontre des problèmes existentiels importants. Quand j’étais jeune, la seule solution pour m'isoler totalement du monde consistait à m'enfermer dans les toilettes, espace confiné à l’exiguïté rassurante : que pouvait-il m’arriver de fâcheux dans un mètre carré ? Puis les années ont passé, ma perception a évolué et aujourd’hui, c’est le monde, dans sa plus large acceptation, qui m'apparaît comme un grand W-C, certes spacieux, mais terriblement hostile et duquel on ne peut hélas sortir. Je ne souhaite à personne de passer sa vie dans un W-C, aussi immense soit-il. C'est une expérience désagréable, difficile à supporter sur une durée dont la date d’achèvement reste de plus incertaine. En définitive, je ne souhaite à présent qu’une chose : tirer la chasse d’eau, une bonne fois pour toutes. Cependant, impossible jusqu’à présent de localiser le bouton pressoir.

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 15:26

catalogue-3suisses.jpgIl est 13 h 30. Dans la cuisine du bureau, sur une table, il y a le catalogue des 3 Suisses. C’est le dernier recours face à une reprise du travail qui s’annonce imminente, alors que personne n’a envie de travailler et que plus rien, après 45 minutes de pause-café, ne justifie notre présence en ces lieux.
Quelqu’un, n’importe qui, attire alors à lui le catalogue, l’ouvre en son milieu. Deux ou trois pages tournées nonchalamment et c’est l’exclamation qui fuse :
« Il va falloir que je pense à changer mes rideaux, moi ! »
Immédiatement, on s’enquiert : les rideaux de quoi ? La salle à manger ? La cuisine ? C’est important car les considérations qui vont suivre découleront directement de cette précision.
Bien entendu, cela peut porter sur tout autre article : la source est quasi inépuisable et tout est assez bon pour lancer un nouveau sujet de discussion : armoire à linge, chaussures, appareils électroménagers…
Cependant, au bout d’un petit quart d’heure, chacun finit par reprendre sa place, gagné par la lassitude. Envahi peut-être par ce sentiment coupable d’être payé à ne rien faire.

A ce propos, j’ai reçu ma fiche de paye aujourd’hui. C’est idiot, mais je ne peux pas m’empêcher de l’ouvrir, par un de ces curieux automatismes qui entraînent le joueur de loto à vérifier si, par hasard, il n’aurait pas gagné.
Je n’ai pas été augmenté. Je ne vois pas pourquoi je le serais, du reste ; personne n’est augmenté, jamais. Comme d’habitude, je me console en établissant un rapport entre le travail fourni et mon salaire. Vu sous cet angle, je suis correctement payé.
En somme, en cherchant un peu, il y a toujours un angle qui permet de voir la vie différemment, sous de meilleurs auspices. Enfin, tout cela reste très théorique. Il n’est pas certain que « la théorie de l’angle » fonctionne à tous les coups.

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 15:39

canape.jpgVit en moi une volonté, profondément cachée mais bien vivace, de résister à la société. Non pas de la réformer, ni même de la changer un tant soit peu, mais de s’opposer à elle, de ne pas accepter le jeu qu’elle m’impose de jouer.
Pour tout dire, je n’ai jamais aimé pas les jeux de société (et enfant, c’était un supplice que de voir les mains de ma mère fourrager dans un tiroir du buffet afin d’en extirper un antique jeu de dada, sous prétexte qu’il allait pleuvoir tout l’après-midi du dimanche).
Afin d’assouvir cette soif contestataire, j’aurais pu choisir d’être voleur d’autoradio, par exemple. Car un voleur d’autoradio s’oppose à la société.
Toutefois, en poussant un peu la réflexion, on comprend qu’il contribue également à son bon fonctionnement : avec l’argent issu de ses larcins, il va remplir son caddie chez ED (c’est ce qu’on appelle le blanchiment de l’argent sale).

Il apparaît donc que cette résistance est illusoire, car tôt ou tard le système instauré finit par nous rattraper et nous broyer de ses mâchoires voraces sans avoir eu le temps de protester. Ce qui laisse soit dit en passant le voleur d’autoradio totalement froid, car son unique ambition est avant tout empreinte d’une grande modestie : régler, en espèces trébuchantes et la tête haute, les diverses denrées dont il aura fait l’acquisition chez l’Épicier Discount.

Pour ma part, cela ne me satisfait pas, pour les raisons que je viens de décrire, et puis également parce que je suis incapable de voler un autoradio, je ne sais jamais quels fils il faut couper, et puis en plus c’est risqué, on peut finir en prison.
Car il est une chose que je n’ai pas encore révélée, mais que le lecteur clairvoyant aura sans doute deviné : je suis un peu lâche, et assez peureux.
Affublé de tels traits de caractère, on comprendra qu’il m’est difficile de m’opposer à la société de manière trop voyante.
Je préfère donc m’opposer en silence, chez moi, confortablement assis dans mon canapé, cela génère moins d’ennuis.

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 16:23

avionUne malédiction semble peser sur moi. J’avais changé de travail pour changer d’environnement, entre autres. Avant, les avions qui volaient en direction de Roissy passaient au-dessus de ma tête, si près que j’en distinguais les trains d’atterrissage. A présent, ils passent toujours au-dessus de moi, leur trajectoire peut-être décalée de quelques degrés, mais c’est bien tout. En conséquence, les mêmes pensées traversent mon esprit, à raison d’un avion toutes les 3 minutes.

Tous ces appareils vrombissants sont pleins de gens très occupés. Certains reviennent d’un voyage d’affaires éclair à l’autre bout du monde, d’autres plus simplement de vacances, passées dans un club formule « tout compris ».

Et moi, je suis là, rivé au sol, à essayer d’imaginer les moments d’exaltation qu’ils n’ont pas manqué de vivre, alors que j’étais assis à mon bureau, ou sur un banc occupé à manger mon sandwich, ou le soir, chez moi, devant ma télé (qui parfois, diffuse des documentaires sur des clubs de vacances formule « tout compris »).

Bien sûr, moi aussi je pourrais me rendre dans une agence de voyages et acheter un billet pour une destination exotique. Après tout, qu’est-ce qui m’en empêche ?

Oui, qu’est-ce qui m’en empêche ? Après tout.

Moi aussi, je pourrais passer au-dessus de la banlieue grisâtre, de tous ces pauvres gens qui la peuplent et auxquels j’appartiens depuis si longtemps, en les toisant de très haut, en leur souhaitant gentiment de ne pas étouffer dans leurs miasmes pendant mon absence. Et puis revenir, quinze jours plus tard, la tête cramée et pleine de souvenirs glanés ça et là au bar de la piscine, à la plage privée du Coconut Resort, à la boîte de nuit « le Copacabana ». Techniquement, matériellement, je peux le faire, c’est à ma portée (j’ai un livret A sur lequel je verse l’argent que mes parents me donnent pour les anniversaires).

Mentalement je peux le faire aussi.

Et cela m’éviterait, au bout du compte, bien des désagréments : les déplacements dans les agences de voyage, le choix, toujours problématique, d’une destination, le renouvellement de ma garde-robe actuellement pas du tout adaptée aux latitudes peu ou prou équatoriales.

Mais ça ne s’arrête pas là. Ensuite, il faudrait subir le stress de l’avion, la mauvaise humeur d’un personnel sous-payé et nerveux à cause des attentats, les trous d’air inévitables… C’est se donner beaucoup de mal pour somme toute pas grand-chose…

Pourtant, les vacances, et plus spécifiquement les vacances organisées, représentent le contexte idéal pour rencontrer des gens, en dehors de toutes contingences d’ordre social qui en temps normal balisent notre chemin, conditionnent notre vie, et en définitive, réduisent à néant toute possibilité de surprise. Il est vrai qu’autour d’une piscine, rien ne différencie, a priori, un technicien informatique et bureautique en slip de bain d’un chirurgien esthétique opérant en clinique privée en slip de bain également (si ce n’est peut-être, la marque du slip de bain).

Or cette indistinction, ce flou social ne reste opérant que dans la mesure où les parties en présence ne procèdent à aucun échange verbal. Dès lors que des paroles sont échangées, aussi anodines et dénuées d’implication soient-elles, l’illusion est rompue. C’est terrible, mais c’est ainsi. Un chirurgien esthétique ne s’adresse pas durablement à un technicien informatique et bureautique, sauf si la femme de celui-ci désire se faire implanter des prothèses mammaires. Mais dans ce cas, personne ne sera en maillot de bain (sauf la femme), et une blouse blanche, un bureau ainsi que des honoraires salés se chargeront tout à tour de rappeler l’indiscutable supériorité du médecin sur ses patients.

Ainsi, même en slip de bain, nous sommes condamnés à ne sympathiser qu’avec des personnes qui partagent avec nous un certain nombre de valeurs, de goûts et de points de vue sur la vie en général et sur les clubs de vacances formule « tout compris » en particulier.

Il reste cependant tout à fait envisageable, suite à une grossière erreur d’appréciation, de se retrouver un soir à jouer aux petits chevaux en compagnie d’adorateur de Florent Pagny, avec un risque non négligeable que cette désagréable expérience se répète à plusieurs reprises durant le séjour. Pour en arriver à de telles extrémités, il faut toutefois, hormis le manque de discernement déjà évoqué, combiner certaines faiblesses : incapacité à s’insurger, totale mollesse de caractère, etc. Affligé de la plupart d’entre elles, prudemment je reste au sol, le nez en l’air et la tête ailleurs.

 

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 12:15

plage.jpgMes collègues ont toutes beaucoup voyagé. Elles ont vu du pays, le plus souvent par le biais de formule « clé en main » que proposent les clubs de vacances. Par un effet du hasard, il se trouve qu’elles se sont toutes rendues, au moins une fois mais jamais au même moment, dans le souk de Casablanca. Le plus troublant est que leurs impressions, les images, les souvenirs qu’elles en ont gardé sont précisément identiques, à l’anecdote près. Le thé offert par les marchands de tapis, le marchandage sans fin pour finalement ne rien acheter, les grappes d’enfants qui vous filent le train pour grappiller quelques centimes, tout laisse à croire qu’elles ont vu le même film. C’est plutôt pratique pour la conversation ; chacun parle en connaissance de cause.

Moi aussi j’aimerai bien voir du pays. Mais les voyages m’angoissent. L’idée même de préparatif me paralyse. Imaginer que je vais devoir me brosser les dents à des milliers de kilomètres de chez moi m’est insupportable.

Malgré tout il m’est arrivé par le passé de me rendre dans des lieux de villégiatures. Mais à aucun moment je n’arrivais à trouver la tranquillité. Le fait d’être accompagné, curieusement, ne faisait qu’amplifier mon mal-être.

Je me souviens de vacances au Pouliguen, avec Isabelle (la femme au porte-jarretelles). Sur la plage, mon attitude offrait un contraste saisissant avec le touriste lambda, désinvolte et insouciant. Je refusais obstinément d’exposer ma nudité à la multitude en ôtant mes vêtements. En outre, fuyant les rayons du soleil, je limitais mon périmètre d’action à l’ombre du parasol portée sur le sable. Là, installé dans un de ces ridicules fauteuils de toile sans pieds, j’attendais que le temps passe. Pour Isabelle, je manquais de la sensualité la plus élémentaire et elle ne se privait pas de me le faire sentir : après avoir établi une distance respectable entre le parasol et sa serviette Born to surf, elle enduisait son corps d’huile solaire Bronzage intense (indice de protection proche du zéro) puis feuilletait distraitement un Marie Claire en prenant bien soin de me tourner le dos.

En fin d’après-midi, on allait à la superette. Puis on rentrait à la location préparer le repas du soir. Ensuite, on partait pour une balade « à la fraîche » sur l’esplanade qui longe la mer. On croisait un nombre effarant d’improbables yachtmen, pull blanc sur les épaules, casquette à galon doré et visière en plastique. Ils avançaient à petits pas contemplateurs, les pieds à dix heures dix et les mains dans le dos, généralement accompagnés de leur épouse qui cherchait soit à se démarquer par l’exacerbation plus ou moins judicieuse de leur féminité (permanente laquée, robe fleurie), soit se calquait tout bonnement sur le pittoresque maritime de leur compagnon. Quoi qu’il en soit, ils avaient l’air parfaitement heureux de se trouver là, à ce moment précis, et semblaient communier de toutes leurs forces avec les éléments : la mer, l’esplanade en béton, les autres touristes et les baraques à chouchou. Pour ma part, je n’arrivais pas à me fondre dans ce tout estival et festif, au grand dam d’Isabelle.

Vers 22 h 00, saoulés par l’iode et les relents de gaufres mal cuites, nous rentrions nous coucher afin d’être en pleine forme pour reproduire, dès le lendemain matin, le programme de la veille.

Après deux semaines de ce régime, la vie n’avait plus aucun sens.

Il était grand temps que je retrouve mon bureau, mes collègues et leurs récits de vacances.

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 12:07

defile militaireLe groupe est une entité d’une grande bêtise. Plus il compte de membres, plus sa bêtise est grande. Le groupe a pour ligne d’horizon une norme constituée par la moyenne de ses membres. Si, vous situant au-dessus de la norme admise, vous désirez entrer dans le groupe, vous subirez un travail de sape destiné à vous rabaisser, et finalement à vous fondre harmonieusement dans la masse. Si vous êtes en dessous de la norme, vous n’entrerez pas. Le groupe n’a pas pour vocation d’élever les individus.

Le couple est un groupe singulier : deux seulement, et pourtant la machine à normaliser est au maximum de son activité.

Les hasards de la vie nous amènent bien souvent à intégrer un groupe, pour quelques jours, quelques années, parfois plus longtemps encore. Lorsque le moment est venu de le quitter, surtout si nous l'avions intégré à contrecoeur, nous avons tendance à renier cette appartenance qui fait désormais partie d’un passé révolu et somme toute peu appétissant.

Lorsque je suis sorti du lycée, je ne supportais plus les lycéens.

Quand mon année d’armée s’est achevée, je ne pouvais plus voir un militaire sans détourner les yeux.

Quand j’ai quitté la banque qui m’avait employé pendant plus d’un an, la présence d’un banquier à mes côtés m’est vite devenue intolérable.

Quand ma femme m’a fichu dehors, je suis devenu allergique à la famille, à ses couples en pull-over blancs qui se promènent le dimanche au bois de Vincennes en poussant un landau garni de progéniture baveuse.

Quand je serais mort, les vivants auront fini de me désespérer.

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 16:33

 

http://rlv.zcache.com/mooo_cow_coffee_cup_mug-p1680982339548645072l9gv_400.jpgCette semaine, une nouvelle collègue est arrivée. Elle s’appelle Nathalie, dispose d’un physique passe-partout qui s’adapte harmonieusement à notre environnement de travail.
J’ignore tout des fonctions qu’elle va occuper. Mais je sais qu’elle vient de la Creuse et qu’elle nourrit une passion pour les vaches. Je le sais car elle l’a annoncé au café, dès son premier jour parmi nous. Pour preuve, elle a exhibé aussitôt son portable : il est blanc, avec de grosses taches noires. Il ressemble donc, pour ainsi dire, à une vache. Une vache rectangulaire et qui peut prendre des photos. Les collègues étaient soufflées. Je me suis dit : « Voilà quelqu’un qui sait s’imposer dans un groupe grâce à un positionnement fort reposant sur un concept original. » J’étais un peu dépité, aussi. Après une année de présence, je suis toujours incapable de retenir l’attention plus de quelques secondes et elle, avec ses vaches, décroche la timbale du premier coup. Il y avait quelque chose d’injuste dans ce constat, et cela m’a un peu déprimé.
Ensuite, elle a parlé de la Creuse. Tout le monde s’en fout de la Creuse, sauf les gens qui en sont originaires. C’est justement le cas de Nicole. Pour arranger les choses, elles venaient toutes les deux, à peu de chose près, du même coin. Forcément, elle avait des choses à se dire. Les autres sont parties discrètement, prétextant un travail urgent, mais moi je suis resté, par curiosité. Mon hypothèse s’est rapidement vérifiée : le sujet était dépourvu d’intérêt pour peu que vous ne connaissiez pas Martin Brocquard, le boucher du village dont le commerce avait brûlé en 2003, ou la zone commerciale du Bois Tivert au sein de laquelle on pouvait trouver un magasin qui vendait des pots de peinture Avi 3000 à 60% du prix habituellement constaté.
De toute évidence, la nouvelle s’était fait une alliée en la personne de Nicole. Mais dans le même temps, elle s’était pour ainsi dire auto exclue du groupe qui ne pouvait admettre – sa survie en dépendait - les sujets de conversations n écessitant des connaissances un peu trop pointues.
En somme, elle s’était montrée fine stratège avec ses vaches, mais elle avait totalement merdé avec la Creuse. Elle devenait ainsi un sujet d’observation intéressant : comment allait-elle redresser la barre ? Allait-elle tout miser sur l’option « vache » quitte à passer pour une douce écervelée (ce qui n’est jamais de bon augure dans le monde du travail). Ou allait-elle s’enfoncer bêtement dans la narration d’anecdotes creusoises, au risque de se mettre tout le service à dos (y compris Nicole, qui aura vite compris où se trouvaient ses véritables intérêts) ?

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 10:19

supermarche-bd692Pour oublier notre fin imminente, une seule solution : s’occuper. Or, il existe des jours où l’angoisse de la mort est plus présente. Par exemple, le mercredi : il n’y a rien à la télé. Ou alors le dimanche, parce que, souvent, les magasins sont fermés. Sinon, le reste de la semaine, on s’arrange comme on peut.
Il est à noter cependant que les magasins offrent une occupation bien supérieure à la télé en cela qu’on a l’impression de participer à quelque chose : pour que tous ces gens agissent de façon similaire et au même moment, il doit bien y avoir une raison, autre que la simple obligation de se remplir le ventre avec des raviolis ou de dissimuler ses organes génitaux à l’aide d’un slip kangourou pur coton acheté en promotion (3 pour le prix de 2). La réponse est ailleurs.
Lorsque j’hésite durant une éternité entre deux marques de semoule, je suis bien : j’ai enfin trouvé ma place dans le cosmos.
J’empoigne finalement une boîte au hasard, puis me dirige vers le rayon des légumes en conserve. Même cérémonial pour les haricots. Je prends tout mon temps ; chez moi personne ne m’attend. Ici, il fait chaud (sauf au rayon « surgelés ») et les néons diffusent une lumière de vie et d’espoir sur les milliers de marchandises référencés par le magasin. Une existence entière ne suffirait pas pour consommer l’ensemble de ces produits. Cependant, rien n’interdit d’essayer.
Il est là, le grand challenge de la civilisation post-industrielle.

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 17:26

 

metro.jpgIl est 18 h. Une femme, assise en face de moi dans le métro, se recroqueville sur ses mots croisés. Aux stations c’est à peine si elle ébauche un mouvement de tête. Le sourcil froncé, mâchonnant son crayon, on dirait qu’elle remplit sa feuille d’impôt.

Il est difficile de savoir si elle y prend du plaisir. Sans doute que oui. On n’a encore jamais vu personne s’adonner à ce type d’activité sous la contrainte.

Malgré son air crispé, ça doit la détendre. Peut-être travaille-t-elle dans un cabinet comptable. Elle manie des chiffres toute la journée. Alors pour se changer les idées, elle joue avec des lettres.

Elle doit en retirer une certaine jouissance intellectuelle, même si cette jouissance a du mal à percer la carapace de son expression butée.

Les mots croisés, c’est quand même beaucoup de complications pour pas grand-chose : chercher des mots à partir d’obscures définitions, remplir des cases dans un grand carré. Une fois achevé, on passe au suivant, sans satisfaction particulière.

Maintenant, si on a l’esprit retors, on peut y voir une métaphore de notre destinée, notre lot commun à tous : s’abîmer dans une tâche inutile mais suffisamment complexe pour oublier le temps qui passe, et ce qui, au bout, nous attend..

 

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 11:34

 

moustiqueJe ne fuis pas l’ennui. J’y suis confronté chaque jour, je suis habitué.

J’ai des souvenirs d’ennui profond qui restent gravés en moi, depuis l’enfance. Parfois un petit événement insignifiant me ramène à cet état de torpeur ancestral : la poussière qui vole dans la lumière du soleil, une mouche qui traverse le silence…

J’ai dix ans, c’est l’été, et je suis seul…

Ma grand-mère possède, de l’autre côté de la rue, une sorte de petit hangar délabré qui donne sur une courette de quelques mètres carrés entourée de hauts murs. J’y passe mes journées, à l’affût du moindre signe de vie. Autrefois, l’endroit a dû être animé, en témoignent quelques clapiers à lapin à présent tapissés de toiles d’araignée. Epoque révolue.

Dans un angle, un tonneau en fer rouillé récolte l’eau de pluie qui s’écoule de la gouttière. De curieux insectes aquatiques flottent à la surface, qui s’enfoncent soudainement en tournant sur eux-mêmes, comme des acrobates, puis remontent, puis s’enfoncent à nouveau, inlassables.

Je suis excité, j’ai peut-être découvert une nouvelle forme de vie inconnue sur terre. Je décide de les étudier en isolant quelques spécimens dans des bocaux à cornichons désaffectés. Bien vite, je constate  que le contact d’un doigt les contraint à entreprendre leur mouvement de va-et-vient vertical. Vus de près, ils ressemblent à s’y méprendre à de minuscules crevettes. Faute de méthodologie plus avancée, mes observations en restent là. Toutefois je prends bien soin de les restituer à leur environnement naturel – c'est-à-dire le tonneau - afin de ne pas nuire à leur épanouissement.

J’apprendrais, bien plus tard, qu’il s’agissait de larves de moustiques. J’avais ainsi, sans le savoir,  et à ma modeste mesure, contribué à la prolifération de cette espèce honnie entre toutes, et dont l’affreuse signature rougeâtre et boursouflée stigmatisait sans répit, durant les mois d’été, mon pauvre corps d’enfant innocent.

 

 

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Carte D'identité

  • Aloysius Chabossot

Avertissement

Les textes qui suivent proposent au lecteur d’entrer de plain-pied dans le cerveau méandreux d’un aquoiboniste. La diversité des sujets abordés peut donner dans un premier temps une impression de confusion peu compatible avec l’élaboration d’une pensée construite et ordonnée, et l’on pourra par moments se sentir comme un naufragé embarqué sur une frêle esquive, perdu au milieu d’une purée de pois. Cependant, au fil des pages, le lecteur consciencieux se verra récompensé de ses efforts : car bientôt, au milieu de la brume, apparaîtront comme dans un rêve les côtes admirablement ciselées d’une pensée homogène et novatrice : l’aquoibonisme. Il faudra pour cela parfois ramer un peu.

Qu'est-Ce Que L'aquoibonisme ?