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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 14:34

cocktail-piscine.jpgJe suis donc parti en voyage, dans un pays exotique d’entrée de gamme, un séjour choisi sur Internet en cinq minutes, sur la foi de trois ou quatre clichés présentant une piscine en forme de protozoaire avec en arrière fond un immeuble blanc d’une quinzaine d’étages entouré de quelques palmiers chenus, le tout sous un ciel bleu  sans défaut.

Il arrive de temps à autre, dans des circonstances particulières, que l'on se trouve attaché, du moins visuellement et indépendamment de notre volonté, à une personne qui va apparaître comme par enchantement et à espace très régulier, sans pour autant que cela ne suscite la moindre excitation romanesque. C'est précisément ce qui s'est produit durant ce voyage, avec la grande blonde en survêtement vert pistache. La première fois que je l'ai aperçue, c'était à l'aéroport, elle se trouvait juste devant moi, dans la queue pour enregistrer les bagages. Elle était accompagnée de ce qui semblait être sa grand-mère, et de deux volumineuses valises de marque Vuitton (c'était écrit dessus) qu'elle avait, selon ses dires, acquises pour 350 euros, une bouchée de pain.

Je l'ai ensuite croisée au Relais presse, où elle achetait des magazines du type "Closer" ou "Voici", pour le voyage. Je l'ai même entendue dire : "Voilà la lecture qu'il me faut !".

Ensuite, dans l'avion, mon siège était situé juste devant le sien, et celui de sa grand-mère. Durant le vol, elle a sorti ses magazines et a entrepris de lire l'horoscope à la vieille femme, qui acquiesçait à chaque phrase par des grognements satisfaits. Après une heure de vol, un jeune homme dont l’allure soignée tentait de dissimuler à grand-peine une évidente insignifiance, est entré en contact avec la grande blonde. D’après les quelques mots que j’ai pu intercepter de la conversation, ces deux – là travaillaient ensemble, ou au moins dans le même bâtiment. Ils avaient dû sympathiser au restaurant d’entreprise.

Le lendemain matin, alors que j’étais accoudé au balcon de ma chambre, me demandant comment j’allais pouvoir meubler cette première journée, puis celles qui suivraient, j’ai aperçu la grande blonde allongée sur un transat au bord de la piscine. A ses côtés, un cocktail et un flacon d’huile solaire ; elle n’avait pas perdu de temps. Quelques instants plus tard arrivait le jeune homme insignifiant. Lui aussi avait troqué sa tenue décontractée mais néanmoins élégante pour un short de bain bariolé qui exhibait au grand jour son abdomen flasque et imberbe, ses jambes malingres. Le pauvre devait en être conscient, puisque tout en marchant il ne cessait d’observer les rebonds disgracieux de son ventre mou. Il portait dans chaque main un cocktail. Il déposa le premier sur une table basse à côté de la grande blonde, puis entreprit d’avaler le second en passant par la paille, tout en souriant, un poing posé sur la hanche. Probablement avait-il dans l’idée de transformer cette vague relation de travail en quelque chose de plus intime. La fille pointa avec son index le verre qu’elle tenait déjà entre les mains, signifiant par là qu’il arrivait trop tard. C’était son problème en général : il arrivait trop tard. Pourtant, il ne se départit pas de son sourire, persuadé qu’il conservait toutes ses chances. Une fille qui partait au soleil avec sa grand-mère était forcément libre de tout engagement. Peut-être était-elle venue ici pour oublier une histoire d’amour douloureuse. Oui, il conservait toutes ses chances.

Durant les premiers jours, je revis à plusieurs reprises le garçon au physique ingrat. Une fois au restaurant de l’hôtel, avec la fille et la vieille. Une fois dans la piscine, où il accompagnait la grand-mère dans ses longueurs, soutenant la moindre brasse d’un petit jappement d’encouragement. L’aspect artificiel et forcé de ces manifestations m'induisit à penser qu’il avait probablement changé de tactique. En s’attirant les bonnes grâces de l'aïeule, il imaginait sans doute faciliter son acceptation dans la sphère intime de la grande blonde. Mauvais calcul. Délestée de l’encombrante grand-mère, la grande blonde, qui changeait dorénavant de tenue toutes les trois heures, n’avait pas tardé à faire la connaissance d’un italien aux cheveux mi longs, au torse parfait. Couché sur des transats au bord de la piscine, ils passaient leur temps à rire d’un rien tout en engloutissant des cocktails avec une régularité métronomique.

A la fin de la semaine, le jeune homme insignifiant ne se donnait même plus la peine de se raser. Il occupait le plus clair de son temps au bar de l’hôtel, à siroter des bières locales, sans prêter la moindre attention au bavardage de la grand-mère qui, depuis l’épisode des cours de natation, ne le lâchait plus d’une semelle.
Ce séjour devait lui apparaître comme un parfait fiasco. Pourtant, l’un dans l’autre, il n’y avait pas de quoi se décourager tout à fait. Le temps finirait par lui apporter sa revanche, avec un peu de patience...  Les hommes, passé la quarantaine, ont encore l’espoir de se bonifier physiquement ; les femmes, rarement. Tout au plus peuvent-elles stagner un moment avant de sombrer dans une décrépitude corporelle qui ne fera qu’empirer au fil des années. La fille blonde, pour sa part, avait bien raison de croquer de l’Italien gominé tant que cela lui était encore possible. Bientôt, son pouvoir d’attraction s’amenuisera jusqu’à rejoindre celui de sa grand-mère. Sera alors venu le temps des traversées interminables et solitaires de la piscine de l’hôtel. Et notre ami au ventre mou, caché derrière un des palmiers chenus, rira d’un petit rire méchant et inutile.
Sinon, j’ai passé un bon séjour, même si la nourriture manquait de variété et ma chambre était trop près des cuisines.

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Published by Victor Bâton
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commentaires

Laurence 25/08/2011 10:38


Bonne rentrée, Monsieur Bâton :)


Victor Bâton 12/09/2011 09:37



Excellente à vous également !



Salvadorali 23/08/2011 16:07


àquoibon rectifier des coquilles dans un texte aussi peu probable certes mais pas moins probant ?
je n'avais rien de mieux à penser au bord de ma piscine alors je me pose la question...


jean-michel 23/08/2011 10:18


Profonde erreur qu'est la mienne d'avoir laissé passer tant de temps sans venir faire ma petite visite hebdomadaire ! Que c'est bon de se sentir en famille.


Victor Bâton 24/08/2011 11:20



Bienvenu à la maison !



Pascal Blondiau 22/08/2011 15:16


Quant à moi, j'ai laissé passer un "prfectionniste" du plus bel effet :-)


Victor Bâton 22/08/2011 15:17



Vous êtes tout pardonné ! :)



Pascal Blondiau 22/08/2011 15:04


"...qui changeait dorénavant de tenue toutes les trois heures, avait n’avait pas tardé..."

Halala des fois j'aimerais n'être pas aussi prfectionniste. Mais quoi, je m'apprêtais à recommander la lecture de cet article à mes réseaux d'informateurs - ils ne tolèreraient pas que j'admette
une telle coquille. Corrigez donc, monsieur Bâton, si vous le voulez bien, que je puisse faire essaimer la cause de l'aquoibonisme jusqu'aux contrées les plus improbables...


Victor Bâton 22/08/2011 15:14



La correction avait déjà été apportée lorsque j'ai reçu votre commentaire. Les grands esprits !



Carte D'identité

  • Aloysius Chabossot

Avertissement

Les textes qui suivent proposent au lecteur d’entrer de plain-pied dans le cerveau méandreux d’un aquoiboniste. La diversité des sujets abordés peut donner dans un premier temps une impression de confusion peu compatible avec l’élaboration d’une pensée construite et ordonnée, et l’on pourra par moments se sentir comme un naufragé embarqué sur une frêle esquive, perdu au milieu d’une purée de pois. Cependant, au fil des pages, le lecteur consciencieux se verra récompensé de ses efforts : car bientôt, au milieu de la brume, apparaîtront comme dans un rêve les côtes admirablement ciselées d’une pensée homogène et novatrice : l’aquoibonisme. Il faudra pour cela parfois ramer un peu.

Qu'est-Ce Que L'aquoibonisme ?