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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 15:21

pluie.jpgJe n’ai jamais su y faire avec les femmes. Déjà à la banque je me souviens. J’étais amoureux d’une fille qui travaillait à la comptabilité. Amoureux fou, mais impossible de lui parler d’autre chose que du temps. Je la regardais de loin, et mon désir m’empoignait l’estomac, ç’était douloureux.

Un jour j’ai décidé de passer à l’action. L’idée que je me fais de l’action. Quelque chose d’à peine perceptible. D’ailleurs bien souvent personne ne s’en apercevait.

Donc je suis passé à l’action.

C’était le jour de mon anniversaire. Je suis allé dans son service. Elle était là à me fixer avec ses yeux noirs comme des olives. Ca me faisait mal de la regarder tellement elle était belle. Alors j’alternais entre elle et sa collègue, une femme gentille au bord de la retraite. J’ai raconté quelques blagues idiotes et entre deux j’ai glissé : « Aujourd’hui c’est mon anniversaire ! » et puis sans réfléchir j’ai récité la phrase que j’avais préparée depuis le matin : « Je vous offre un verre pour l’occasion, ça me ferait très plaisir ».

En général on ne refuse pas ce genre d’invitation. Mon coup était bien préparé, les risques calculés, pour ainsi dire quasiment nuls. Elle a accepté. Sa collègue, la vieille femme gentille aussi. Je n’avais pas prévu cette éventualité, mais je pouvais faire marche arrière, dire « Non, pas vous ; juste elle ».. Et puis sa présence m’aiderait peut-être à me montrer moins embarrassé.

Nous sommes allés tous les trois au café de la Mairie. Il pleuvait. A l’intérieur, le sol était humide et sale. Au milieu du bruit le garçon criait ses commandes d’un ton agacé. On s’est assis à une table de quatre, elles sur la même banquette et moi en face. La vieille femme a tout de suite dit qu’elle ne pouvait pas rester longtemps. La femme de mes rêves a répété la même chose, en écho, mais plus bas. Le pot d’anniversaire s’engageait mal. J’étais déçu car mon plan, bien qu’infaillible, n’avait fonctionné qu’à moitié. D’après les plans que j’avais établis, j’aurais dû rester seul avec elle, on aurait parlé de choses et d’autres, d’un ton intimiste. Je lui aurais offert une autre boisson, une glace si elle avait voulu. Je l’aurais gâtée et elle aurait vu à quel point je pouvais être quelqu’un de gentil. Et puis après, qui sait ce qui aurait pu se passer… Mais là, ça n’allait pas du tout et j’ai senti toute mon énergie s’échapper de mon corps, remplacé par un sentiment de ridicule. Cette fille se contrefichait de moi. Elle avait accepté par politesse mais n’avait qu’une envie : rentrer chez elle. J’étais misérable.

Le garçon est venu prendre les commandes et j’avais du mal à montrer de l’entrain. « Prenez ce que vous voulez, c’est mon anniversaire ! » Elles ont toutes les deux pris un café. C’était vexant. Ce n’était pas une boisson de fête. J’ai pris une bière. On a parlé du travail. La vieille femme me posait des questions et je me surprenais à répondre en détail, comme pour un entretien d’embauche. Les mots qui sortaient de ma bouche en flot continu m’écoeuraient. Je souhaitais que cette situation prenne fin. Pourtant elles m’écoutaient toutes les deux comme si j’étais quelqu’un d’important. C’était sans doute un nouveau signe de politesse.

Quand on est ressorti du café, il ne pleuvait plus. Elles m’ont bien remercié pour le café, m’ont souhaité un joyeux anniversaire puis chacun est parti de son côté.
J’ai fait quelque pas et je me suis retourné. Elle s’éloignait d’un pas pressé.
Je retrouvais ma voiture sur le parking. Je serrais le volant de mes deux mains.
Le pare-brise était couvert de larmes.

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Published by Victor Bâton
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commentaires

La Zitoune 13/08/2011 20:59


La ligne de départ ? Ca fait un moment que tu l'as trouvée et dépassée. Ce qu'il te manque alors pour être à la hauteur de ton arrivisme ? Le culot ! Pousser les portes et y croire... Enfin bon, je
me répète... Je crois que je vais les pousser pour toi...


Victor Bâton 17/08/2011 20:50



Tu vas les pousser pour moi ? C'est gentil, ça, c'est bien la première fois qu'on me dit une chose pareille. Merci (par avance !)



Andry 11/07/2011 17:48


Il n'y a pas de belles ou douloureuses façons d'écrire, il n'y a que de belles ou de douloureuses histoires, la tienne, c'est les deux à la fois.
Andry


Victor Bâton 22/05/2012 11:46



Merci beaucoup.



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  • Aloysius Chabossot

Avertissement

Les textes qui suivent proposent au lecteur d’entrer de plain-pied dans le cerveau méandreux d’un aquoiboniste. La diversité des sujets abordés peut donner dans un premier temps une impression de confusion peu compatible avec l’élaboration d’une pensée construite et ordonnée, et l’on pourra par moments se sentir comme un naufragé embarqué sur une frêle esquive, perdu au milieu d’une purée de pois. Cependant, au fil des pages, le lecteur consciencieux se verra récompensé de ses efforts : car bientôt, au milieu de la brume, apparaîtront comme dans un rêve les côtes admirablement ciselées d’une pensée homogène et novatrice : l’aquoibonisme. Il faudra pour cela parfois ramer un peu.

Qu'est-Ce Que L'aquoibonisme ?